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B. ILLUSTRATEUR

Posté le 25/10/2010 par julien

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B. ILLUSTRATEUR
Qui est B.? Un artiste français énigmatique qui, par le biais de ses illustrations, nous entraine dans un univers étrange et complexe. J'invite votre curiosité et votre réflexion à s'aventurer dans ce monde fait de chair et de métal, où les rêves endormis n'attendent que votre souffle pour les réveiller.

- Qui est B. et comment en es-tu arrivé à l'illustration ?


Je suis B. parce que c'est plus simple que “Bastien Lecouffe Deharme”, illustrateur, photographe, ecriveur (parce que pas encore écrivain) …
J'ai commencé l'illustration un mardi, si je me rappelle bien. J'avais pas classe alors j'ai dessiné Mickey qui promenait Milou. J'ai vendu ça à la Warner et depuis je suis super riche. C'est par jalousie que Frazetta s'est tué ! (si si ! C'était un suicide !) Bon, en fait c'est pas tout à fait ca.

Je suis illustrateur parce que c'est ce que j'aime et ce que j'ai toujours fait. Six années d'études d'art et de dessin avant tout, puis la peinture … puis la photo … et à la fin du parcours, vers mes 22 ans … je découvre les joies du numérique, tablette graphique et tout le patacaisse, qui me permet enfin de tout combiner ! Ça m'a permit de sortir du schéma :
“je veux faire de la photo quand je suis en train de peindre, je veux dessiner quand je bosse mes photos” ...

- Peintre, photographe, illustrateur, dessinateur, ton champ créatif est large.
Pourrais-tu nous parler de ta manière de travailler ?


Tous ces outils sont différents aspects qui viennent former mes images.
Ce n'est qu'une question de balance, d'équilibre des forces. Je gère cet équilibre en fonction de mes envies du moment, mais aussi en fonction de ce que je veux exprimer.
La photo renforce souvent l'aspect cru du sujet, l'aspect réaliste.
C'est le fondement de ma pratique : prélever des bouts de notre réalité avec mon appareil photo, et les faire basculer grâce à mes procédés graphiques, dans une réalité métaphorique … évocatrice.

J'ai aussi besoin de la “vitesse” photographique.
Dessiner un corps avec autant de réalisme me prendrait des heures de travail et j'ai un univers à construire, trop d'images en tête pour prendre ce temps. Encore une fois, il s'agit d'une balance, le temps que la photographie me fait gagner, je l'investis dans mes ambiances, dans mon rendu hybride.

Mes étapes de travail sont variables, et changent tout le temps. Mais pour schématiser : disons que je commence avec un croquis sur papier, puis une session photo/prises de vues de tous les éléments qui viendront constituer l'image, puis une phase de collage … Chaque image comporte (même dans les corps) plus de 20 photos en général, et enfin, la meilleur partie : la peinture digitale. Cette dernière phase est celle qui “fait tout”, la plus longue. Créer l'harmonie, l'ambiance, le rendu … tout émerge à ce stade.


- Comment définirais-tu ton univers ?

Hum … je sais pas ! Un truc Retro-futuriste construit sur la mentalité des 80's …
J'entends le mot “Steampunk” en permanence autour de moi, et ça me les casse pas mal. Le "Steampunk", c'est un concept esthétiquement génial mais qui est tombé depuis peu dans la mièvrerie neo-romantique. Très tendance en ce moment et par cela même, totalement vide de son sens originel.
Donc non, ce n'est pas parce que je bosse beaucoup avec des pièces mécaniques et certains aspects “retros” que mon univers a quoi que ce soit à voir avec l'ère de la vapeur, l'époque victorienne, la culture ouvrière et Jules Vernes.
Mon univers se veut profondément contemporain. Une métaphore de notre réalité.
Quand je parle des 80's, je parle de ce coté glauque et triste. Cette période de “fin des illusions”. Une sorte de comédie “tragico-moderne”.

- Compositions riches, souci du détail, scénographie travaillée autant que l'esthétique globale, ton travail offre différents niveaux de lecture et s'éloigne ainsi de la "belle image", simple et souvent plate. As-tu des objectifs de travail précis, des attentes et des intentions particulières ?

C'est marrant … je ne pense pas m'éloigner de la “belle image”.
J'ai l'impression d'avoir cette idée en tête quand je travaille. Pour moi « belle image » ne rime pas avec “plate”. La compo, les matières, les lumières … il s'agit de “belle image”. Mais ce qui est fondamental c'est de ne pas se contenter de ça …

Donc oui, je voudrais qu'il y ait “plus” que ça dans chacune de mes images.
Beaucoup d'entre elles ont un sens et des significations plus ou moins évidentes, parfois totalement cachées. Elles comportent toutes des références personnelles, que certains peuvent lire et déchiffrer.
Je crois que quand je bosse, je cherche simplement la satisfaction !
Parvenir à “matérialiser” ce que je veux donner à voir. C'est une part du processus créatif de base. Commencer avec la frustration d'une image non existante et la faire apparaitre.
Briser cette frustration.

Parfois il n'y a rien … juste “l'outil”, et je découvre moi même des choses qui apparaissent, alors j'oriente, je construis et je vois les choses prendre forme.
Je n'ai pas d'intentions particulières. Simplement des idées claires (ou pas …),
des opinions, des regards sur les choses du monde …
On appelle ça en général une “personnalité”.
Je me contente de la laisser s'exprimer. Et de là vient la logique de mon travail ...


- On sent une grande culture cinématographique dans ton travail, notamment l'univers SF, quelles sont les personnes ou les "choses" qui ont marqué profondément ta vision du monde ?


En effet, mes influences sont plus cinématographiques, littéraires et musicales que picturales. Pour être honnête je n'ai pas vraiment de grande culture SF. Mais j'aime la SF qui ne parle pas de navettes spatiales. Le thème de la robotique me passionne parce que ce n'est justement plus vraiment de la SF ! J'aime la SF qui est métaphore de notre réalité, qui stigmatise les erreurs que nous commettons en construisant ce monde … qui prend cette distance ironique parfois, pour parler de ces choses.

Je citerai Blade Runner, Brazil, Gataca … Ellroy, Mc Carthy, P.K.Dick. Les listes référentielles sont trop longues … j'ai eu une mère totalement “cinema-addict”, et je me suis construit au milieu des étagères pleines de VHS, de Fritz Lang à Fellini en passant par les Goonies !
Et puis un père Frank-Zappatiste, qui m'a ouvert les oreilles à toutes sortes de bizarreries musicales. Je bosse en général avec Death in June, Anne Clark, Coil, Swans, Tuxedomoon ou bien l'excellent “Cult Movie” de Punish Yourself … ou encore Escalator Over the Hill de Carla Bley. Tout dépend de l'ambiance dans laquelle j'ai besoin de me plonger. Et puis je sors souvent en griller une sur le balcon, avec un bon Sixteen Horsepower ...

- Au-delà du travail de l'image et les réflexions qui s'y rattachent, tu nous offres de véritables histoires, comme c'est le cas pour ta série des Rétro-C, peux-tu nous parler un peu plus de ces sujets qui t'animent ?

A l'origine, j'avais besoin d'un prétexte pour mes images. J'ai trouvé absurde de me revendiquer “créateur d'un univers unique et original” haha … alors j'ai ouvertement revendiqué la référence ! Les thèmes du livre et du film me semblaient aborder de manière exhaustive tout ce dont j'avais envie de parler.
La mécanique du corps, la mort de celui-ci, et le combat de l'individu pour “prolonger”, pour vivre, quelle que soit le monde autour, même si la réalité est dégueulasse …
Et puis le mythe de Frankenstein, le rapport “créateur/créature”, qui stigmatise aussi un aspect essentiel de mon taf.

Je ne vais pas expliciter tout cela mais au fil des années, mon univers personnel s'est autonomisé. Il s'est chargé de références “autres” et de mon vécu. Je me suis mis a écrire. Construire. J'ai battis Retrocity, cette ville qui est le décor de mes histoires dans laquelle mes personnages se heurtent de plein fouet à ces problématiques contemporaines évoquées précédemment, à coup de poésie noire.

Je ne voile pas mes références pour autant, et mon site s'appelle toujours “Tyrell-Corporate”


- Tu quittes Paris pour les USA, qu'attends-tu de cette nouvelle vie
dans ta pratique artistique ?

Je suis parti pour rejoindre celle que j'aime. Pas pour de quelconques raisons artistiques. Mais il est évident que je bascule de ce fait en plein centre de tout mon système référentiel. Les buildings de Chicago, les paillettes glauques et éphémères de Los Angeles.
Les "States" sont une contrée controversée, encore adolescente si je puis dire … ici tout reste encore à construire alors qu'ils tirent déjà trop sur la corde. Pays de gâchis et de certitudes non-fondées, j'ai l'impression d'être dans l'œil du cyclone, et ça me plait.
Et puis quoi qu'en disent les “clichés”, je préfère être honnête : beaucoup des choses que j'aime, qui m'ont nourris culturellement, viennent d'ici !
Alors, pour répondre à ta question, ce que cela va changer dans ma pratique artistique,
c'est simplement que je me sens plus proche de mes images, immergé dans le décor … ça va simplifier les choses !

- Projets à venir ? expos ? bouquin ?


J'ai mis en stand-by tout mes projets d'expos pour l'instant. Je fais une distinction entre les pièces que j'expose en galeries et mon travail sur Retrocity. Les pièces d'expositions doivent être autonomes, se suffire en soit.

Pour l'instant je me consacre a plein temps sur mon livre, le premier, mettant en scène les errances et déambulations de William Drum, au sein de Retrocity. Ce journal de bord, de ce personnage désabusé, est une sorte d'introduction à tout cet univers, invitant le lecteur à le découvrir au même rythme.
C'est un roman-graphique. Pas une bande dessinée … Un gros livre de 120 pages illustrées, “pas pour les enfants du tout !” Ce livre va matérialiser 5 ans de travail sur le texte et l'image.

Interview par Stéphane Roy

Memories of Retrocity
Fevrier 2011 – Editions du Riez
News: http://www.tyrell-corporate.com/wordpress


www.tyrell-corporate.com