- Comment as-tu sombré dans l'univers de la photographie?
Mes débuts dans la photo se sont fait par hasard; un camarade de lycée était fan de photo et m’a converti peu à peu. J’avais repris le vieil appareil argentique de mon père et mes séances photos se résumaient à des balades dans ma ville et prendre tout ce qui me tombait sous l’objectif (architecture, un peu de paysages et des scènes de rue).
La rencontre avec celle qui est devenue mon épouse et avec qui j’ai fait mes premiers essais de modèle féminin m’a convaincu d’aller dans cette voie.
- Quelles sont tes influences?
Mes influences premières étaient les clichés de Robert Doisneau.
Ses noirs et blancs qui montraient des scènes de vie, qui mettaient en avant ses personnages sortis de la banalité du quotidien avec ce petit côté qui nous apparaît rétro aujourd’hui.
Mes influences photographiques ont bien sûr évolué avec le temps, en découvrant le travail d’autres photographes plus contemporains mais aussi des films, la peinture, des BD.
-Tes visuels dégagent une vision assez sombre et fatale de la sensualité,
comment décrirais-tu ton univers?
Difficile d’avoir un certain recul par rapport à ses images. J’aime les ambiances un peu surnaturelles, oniriques, décalées. J’aime les personnages psychologiques, qui ressentent des émotions fortes (douleur, tristesse, mélancolie, solitude, …) et mes lieux aux ambiances si particulières me permettent d’entrer dans ces mondes là.
-On sent sous la surface délicieuse de l'identité féminine une certaine forme
d'humanité torturée.
Une chose est certaine, j’aime les femmes. J’aime leur sensualité, j’aime les émotions qui les traversent, voir et fixer ce qu’elles ressentent; j’aime leur montrer qu’elles sont belles malgré leurs complexes, leur doutes, leur pudeur, leur timidité, leurs peurs.
Elles sont entières, se posent mille questions et explorer avec elles des univers qui leurs sont parfois étrangers est une belle expérience.
-Quelle est la recette parfaite pour toi ? Une lumière naturelle douce, un lieu crade
et une modèle déjantée?
Sans aucune hésitation, une modèle déjantée. Mes séances sont avant tout une rencontre avec une personnalité. Et la séance est pour moi réussie si on s’est amusé pendant ces quelques heures de shoot. Le résultat suit forcément car en s’amusant, chacun rebondit sur les idées de l’autre, l’imagination et le cadre font le reste.
-Des nus en N&B aux travaux désaturés, du rock-punk à un visuel plus doux et classique jusqu'à des essais plus récents dans le domaine du fetish, tu sembles ne pas te cantonner à un style particulier, je me trompe ?
Je vais où le vent me mène ! Comme je le dis plus haut, la séance est une découverte de la personnalité du modèle; chacune a son propre univers et la séance et sa préparation
(j’ai besoin de beaucoup discuter avec la modèle pour apprendre à se connaître et bien savoir où l’on veut aller même si un grande part du shoot se fait dans une certaine improvisation) est un mix de nos personnalités à tous les deux donc je me balade entre les envies des modèles que je m’approprie, et mes références aussi diverses que photographiques, BD et cinématographiques.
- Pourrais-tu nous parler de ta série des nonnes?
Cette série est pour moi particulière. D’abord c’est la première fois que j’essaye de réunir un certain nombre de modèles sous un thème fort comme celui-ci. Cette série est loin d’être terminée, je n’ai pas exploré tout ce que je veux exprimer; d’autres séances sont en cours de préparation. Ce thème peut paraître provocateur aux yeux de certains.
Ce n’est pas de la provocation gratuite pour moi, ni un pamphlet contre la religion.
Cette série est bien sûr significative de ce que je pense de la religion mais je n’essaye pas de blesser ceux qui croit en Dieu, quel qu’il soit. J’essaye de montrer ce que je peux trouver d’illogique ou avilissant dans les rites et règles de la religion (catholique car c’est celle que je connais le mieux finalement).
J’ai essayé de ne pas tomber dans le vulgaire ou le cliché fétichiste habituel de nonnes vêtues de latex ou se godant avec un crucifix. Cela aurait été pour moi ridicule, sans aucun intérêt et cela aurait bien sûr desservi ce que je veux exprimer.
C’est pour cela que j’ai essayé de mettre en place des ambiances presque moyenâgeuses avec en tête des images du film « Le nom de la rose ».
Le retour par rapport à cette série a été assez positif de ce point de vue-là, ceux qui ont vu mes images n’ont pas été choqués.
Ces nonnes évolueront encore dans les prochains mois, moins dénudées, en mettant de côté l’aspect « sexuel » qui apparaît sur de nombreuses images déjà montrées pour essayer de développer d’autres aspects.
-D'autres séries à venir? projets? expos?
Oui d’autres séries à venir ou en cours telles que « les ballerines » et pour l’expo,
ma première se déroulent actuellement aux Furieux du 1er septembre au 2 octobre.
Interview par Stéphane Roy.
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