Ce mois ci, Stéphane Roy part à la rencontre de la photographe Sophie Boss. Plongez dans son univers à multiples interprétations. Son travail Waterdropped ne vous laissera pas indifférent.
Tu as débuté en tant que modèle avant de passer derrière l’appareil, comment en es-tu arrivée à la photo ?
C’est très simple, j’ai toujours eu des images en tête avec l’envie de les matérialiser d’une manière ou d’une autre, j’ai commencé par des poèmes, des chansons et il y a environ 4 ans je me suis mise à poser pour des photographes pour le simple plaisir de me mettre en scène et de créer un personnage avec une histoire. Puis rapidement poser ne m’a plus suffit et j’ai ressenti ce besoin de faire mes propres images et vraiment me laisser aller à tout ce qui habite mon esprit. C’est tellement personnel et précis qu’il était hors de question pour moi de « passer commande » d’une de mes idées à un autre artiste. Je m’y suis donc mise, avec dans un premier temps des cours de technique photo puis les conseils avisés d’amis photographes. J’ai ensuite énormément développé mes projets personnels et assisté des photographes comme
Rachel Saddedine,
Andy Julia ou encore
Katerina Jebb, ainsi que le réalisateur
Clément Oberto. Se confronter à la manière de travailler d’autres artistes est très enrichissant et ne peut qu’aider à progresser.
Que penses-tu de cette mouvance de modèles qui deviennent par la suite photographe ?
Je trouve ça extrêmement logique… si vous regardez bien leurs images vous ne pouvez qu’être frappé par la richesse de leur monde intérieur. Je pense que celles qui sont passées derrière l’objectif doivent ressentir cela comme un besoin, un élan créatif à assouvir. Et c’est fabuleux ! Pourquoi devrait-on se cantonner à un seul rôle qui serait par-là même tellement réducteur ?
Ensuite il faut également noter que le fait d’être ou d’avoir été modèle aide énormément à la direction et pour les idées de mises en scène, ce qui est possible ou ce qui ne l’est pas, les difficultés des poses etc.
Je peux vous assurer que c’est vraiment très agréable de poser pour d’anciennes modèles devenues photographes (et là c’est la modèle qui parle !)
Tu sembles avoir un sacré bagage créatif, pourquoi te focalises-tu sur le domaine de l’image ?
Je m’y intéresse sérieusement depuis ma première année de fac, avant (et jusqu’à très récemment ceci dit) je me focalisais surtout sur la musique en me dédiant au groupe dans lequel je chantais :
Dark Sanctuary, et en mettant mes images mentales en mots puis en mélodies. Mais en parallèle j’ai passé une maîtrise d’histoire de l’Art
(spécialisée en art indien) en 2003 puis le diplôme de muséologie de l’école du Louvre et ces études m’ont nourrie d’images et de références extrêmement précieuses pour
mon travail photographique.
Cela fait 10 ans que je les décortique, analyse, scrute sans en produire et passer de la théorie à la pratique est tout simplement jouissif et se fait de façon finalement assez naturelle.
Parle-nous un peu de ton univers, serait-il juste de souligner cette touche importante de féminité qu’il contient ?
Bien sûr la féminité a une place essentielle dans mon univers. J’ai rédigé mon mémoire sur
Durgâ, une déesse hindoue, et cette représentation de la femme indienne m’a littéralement envoûtée, c’est cette sensualité toute naturelle et assumée que je recherche perpétuellement aujourd’hui. J’aime la force de caractère des femmes, j’aime les courbes féminines, leur douceur qui me vient probablement des modèles que j’ai eues tout au long de ma vie. La femme est naissance, vie, partage et même quand elle apporte la mort ou la souffrance je continue à la voir magnifique et troublante…
C’est ainsi que je veux la mettre en scène.
Alors évidemment il reste peu de place pour les hommes, j’en suis consciente et on me l’a reproché parfois, mais c’est ainsi ; il m’arrive de travestir des femmes parfois dans mes images, ils ne sont pas si loin d’une certaine manière ! Pour le moment les seuls hommes qui sont apparus dans mes images l’ont fait par le biais de
Waterdropped… mais cela évoluera, j’ai bien envie de leur ouvrir petit à petit mes portes.
A présent pourrais-tu nous dire quelques mots sur ta série Waterdropped ?
Cette série est née d’un autoportrait pour un projet musical, un texte dans lequel il est question d’une noyée, et lorsque j’ai fait ces premières images je me suis dit qu’il serait fabuleux d’inviter d’autres modèles dans mon installation aquatique périlleuse. Progressivement j’ai perfectionné ma technique et je remercie d’ailleurs tous les modèles qui ont eu la patience et la folie de tenter l’expérience
Waterdropped.
J’aime l’ambivalence de ce projet qui me correspond totalement et ce n’est certainement pas un hasard si j’y consacre autant d’énergie. J’ai systématiquement deux retours différents, certains y voient une évocation de la maternité, une représentation fœtale et cet état de paix intérieure dont on se souvient probablement inconsciemment, en revanche certains y voient une forme de violence, une vision de la noyade ou d’un monde étrange peu rassurant. J’assume et je dois avouer que cette dualité me ravit au plus haut point…
Quelles sont tes inspirations ?
J’aime les arts qui racontent comme l’art indien et ses mythes, l’art nouveau, le symbolisme, l’art roman… tous ces mouvements se lisent à deux niveaux et célèbrent la beauté qu’elle soit simple, chiadée, spirituelle et simplissime ou passionnée et violente…. Le mélange de beau et de bizarre me parle tout particulièrement, comme les portraits d’
Amedeo Modigliani ou les photographies de
Joel-Peter Witkin, et pour rester dans cette dualité modèle-photographe j’admire
Ellen von Unwerth, un vrai exemple de réussite à mes yeux. Sans oublier aussi que chaque modèle qui pose pour moi dégage quelque chose de personnelle et influera sans le vouloir sur une petite part de mes images.
Pour finir, as-tu des objectifs ou des projets en cours ou à venir ?
Mon objectif premier est d’exposer mon travail.
J’aimerais sortir de ce monde virtuel qu’est le net et voir mes images respirer sur le papier. Ensuite le projet principal de cette année est de profiter au maximum de mon année de formation de praticienne-photographe à l’
Efet pour ensuite faire de la photo de mode et de mise en scène mon métier…
Propos recueillis par Stéphane Roy
Exposition du travail de Sophie Boss du 31 janvier au 18 février 2011
Centre d'animation Les Amandiers - mairie de Paris