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OTARGOS - NO GOD NO SATAN

Posté le 15/11/2010 par julien

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OTARGOS - NO GOD NO SATAN
Les français d’Otargos se sont fait un nom qui circule depuis pas mal de temps déjà, dans ce petit monde étroit comme le fondement d’une nonne qu’est le microcosme black metal, un nom jamais bien loin derrière celui des affreux jojos de Dark funeral, et qui sans être sur toutes les lèvres des adorateurs de l’art noir, fait assez parler de lui, pour le pire comme pour le meilleur.

Le pire, c’est d’une part, cette filiation aussi flatteuse qu’encombrante aux sus mentionnés satanistes suédois, filiation facile que les chroniqueurs besogneux ressassent laborieusement à longueur d’articles, autant parce qu’elle n’est pas totalement infondée que parce que le chroniqueur est le plus souvent une créature vile et vénale de laquelle il ne faut pas espérer grand-chose de plus que de la mauvaise foi qui s’ignore sciemment et un veule assouvissement à l’œil de son matérialisme musical.

Et d’autre part, à un niveau plus hexagonal c’est surtout le glamour gluant de cet entregent arachnéen avec lequel le groupe s’est tissé un réseau d’amitiés poisseuses dans la toile duquel on finit toujours par se faire piéger, avec pour seule chance de salut quand on fait partie des victimes et accessoirement du staff rédactionnel, l’obligation de chroniquer leur dernière offrande en date.


Voilà donc votre serviteur qui s’y colle, les oreilles engluées avec circonspection dans ce « No god no Satan », à l’écart duquel il s’efforçait jusqu’alors de se maintenir, lorgnant d’un air suspicieux sur l’exemplaire promotionnel du CD comme il le ferait sur un objet radioactif, car déjà exposé par le passé aux ondes létales du combo bordelais pour un résultat dont les symptômes ne différaient pas sensiblement de l’impact obtenu après avoir subi 666 autres clones issus de la même souche sonore.

De prime abord, il est à craindre de cette expérience que les mêmes causes produisent les mêmes effets, avec à terme cette interrogation inévitable quant à savoir s’il était vraiment nécessaire d’infliger à ses conduits auditifs l’épreuve d’une écoute dont on pourrait retranscrire les impressions en cochant bêtement des cases QCM.

C’est que, contrairement aux apparences rédactionnelles les plus immédiates, qualifier le travail d’Otargos est un exercice qui appelle des mots simples plutôt que des transports textuels d’un lyrisme exalté, et l’on pense toujours plus ou moins aux mêmes termes pour ce faire, en l’occurrence, « professionnel », « puissant », et surtout « efficace », bien que l’ordre d’apparition de ces trois qualités ne soit pas nécessairement immuable.


Ce qui semble immuable, c’est ce statut intermédiaire entre une position d’outsider indéniable, et une musique dont on a du mal à déceler l’intérêt vital, si tant est qu’on se mette à la place de l’auditeur potentiel, possiblement passionné et désireux qui plus est d’acquérir un objet, plutôt que d’extraire la musique au vide froid d’une plateforme sans âme où elle est dématérialisée à la merci de consommateurs peu scrupuleux.

Dans le cas où notre auditeur n’aurait pas un budget extensible à l’infini de ses goûts, développés à force d’écoutes multiples comme seule l’exploration intensive des autoroutes de l’information le permet de nos jours, qu’est-ce qui justifierait alors qu’il jette son dévolu sur la musique d’Otargos plutôt que sur celle d’un énième concurrent du même calibre ?

En l’état, et avec tout le respect que l’on doit à un groupe qui le mérite largement, rien. Le chroniqueur de mauvaise foi vous parlerait bien du concept à l’origine de l’album, mais mauvaise foi oblige, cela l’obligerait à rappeler au lecteur qui ne le saurait pas encore, qu’hélas le plus souvent être conceptuel en black metal revient juste à s’enorgueillir d’un postulat philosophique foireux qu’on légitime avec des textes d’intellectuel à Toto et un artwork ésotérique au décorum clinquant pour couronner graphiquement le tout.

Pour ce qui est de l’artwork justement, on suppose que c’est  à l’alphabétique bassiste XXX que nous devons le bonheur de nous voir épargner les tares typographiques typiques du genre –le duo police dégueulasse/logo illisible-, accessoirement graphiste de son état notre homme a sûrement supervisé avec le talent qu’on lui connaît la direction artistique du visuel, et la pochette de l’album attire donc l’œil, faute d’être franchement originale.

Gageons que le choix des bébés siamois participe de cette idée selon laquelle Dieu et le Diable sont intimement liés, soit une volonté louable d’être en  phase avec ce fameux concept que le titre de l’album résume bien avec son assertion pleine de sens « No god no Satan », l’un n’allant pas sans l’autre.


Au nom de cette noble nécessité qu’est celle de la diplomatie, l’auteur de cet article se gardera cependant bien d’insulter l’intelligence du parolier à l’origine des thèmes évoqués dans cet opus, tout en ne manquant point de remarquer dans la track list le passage linguistiquement obligé par la case latin, étape textuelle incontournable pour parer son propos de ce mysticisme de supermarché très prisé dans les arcanes de l’art noir.

Il ose espérer de même qu’on ne lui tiendra pas rigueur d’avoir pu difficilement garder son sérieux à la vue du pendant video accompagnant l’un des morceaux, et se demande toujours pourquoi certains groupes se font un devoir de tourner des clips où ils se tournent en ridicule, alors que l’autodérision n’est clairement pas l’objectif visé.

Surtout que sur scène Otargos ne plaisante pas du tout, et à les voir jouer on se dit qu’ils n’ont en rien usurpé leur notoriété, établie finalement sur la base de concerts qui nous rappellent que leur musique n’est jamais plus puissante qu’en live, où elle prend souvent toute cette dimension qui lui fait cruellement défaut sur album.

Ce faisant, même s’il est difficile de vous recommander d’investir dans ce No god no Satan au détriment d’autres offrandes du même et méritant acabit artistique, cela ne fait pas d’Otargos une entité peu recommandable pour autant, et le meilleur étant devant eux, nul doute qu’à l’avenir viendra sûrement un moment où leur musique sera à hauteur de leur notoriété…
Cyrille Manzo