: | NRV-TV  :  | NRV-TV

Communauté: S'inscrire | Se connecter
NRV-TV, La 1ère web-tv metal de la communauté extrême et underground!  



HELL ON EARTH - GLAZART LE 27/10/2010

Posté le 29/10/2010 par julien

separation

HELL ON EARTH -  GLAZART LE 27/10/2010
La côte d’amour de notre pauvre France étant en train de chuter vertigineusement aux quatre coins du globe en même temps que notre cher président dans les sondages, en attendant 2012 pour entendre éventuellement le doux bruit d’un fracas électoral sur le bitume des urnes, on pourrait dans l’intervalle pousser facilement le vice de la réflexion à se demander si le changement d’itinéraire du Persistance tour de cette année n’est pas un des effets pervers de cette désaffection infectieuse.

Le fameux festival itinérant et sa caravane de gros bras tatoués ayant décidé de ne pas poser ses valises pleines de stéroïdes sonores dans la capitale, les amateurs de musique qui fait mal auront toutefois pu se consoler avec l’affiche musclée du Hell on earth, dopée à l’effet d’annonce surdimensionné pour motiver un chaland sans doute un peu frileux du larfeuille, puisque du coup on nous vend l’évènement comme Le gros fest hardcore de l’année à ne manquer sous aucun prétexte.


 
En l’état, il s’agirait plus prosaïquement de voir en la chose une énième tournée des infatigables Terror, pères spirituels de la scène hardcore, qui se voient accompagnés pour l’occasion de quelques uns des rejetons les plus émérites de leur descendance, avec bien sûr un peu de main d’œuvre locale pour jouer les chauffeurs de salle en début de soirée.



En l’occurrence, c’est aux parisiens de Vera cruz que revient la responsabilité de faire grimper le mercure musical dans un Glazart déjà bien rempli, et emmené par un hurleur beuglant consciencieusement pour se frayer un chemin jusqu’aux oreilles de spectateurs attentifs mais encore un peu statiques, le groupe joue son rôle avec l’application du bon élève révérencieux.

On rend hommage aux maitres entre deux titres, parce que bien sûr ça fait plaisir d’ouvrir pour Terror, on ne manque pas de préciser que c’est énorme de jouer à domicile, surtout qu’au moins on sera certains d’avoir toujours deux trois potes pour nous encourager aux premiers rangs, ça évite de se sentir seul, on glisse quelques dédicaces à ses camarades de scène qui partagent le reste de l’affiche, vu que jouer de la musique de sauvage n’empêche pas d’être civilisé, mais dans l’histoire et malgré une bonne volonté des plus louables, on oublie juste de faire la différence, avec ceux qui ont déjà fait la même chose avant comme avec ceux qui feront sans doute pareil la prochaine fois.



Pas grand-chose de plus à espérer en écoutant Thick as blood, déjà plus porté sur le décibel teigneux et un peu moins sur le relationnel, avec un guitariste s’improvisant frontman de circonstance, pour nous expliquer en arborant un air de porte de prison que leur vocaliste habituel a été pris en otage par l’administration pour un obscur problème de passeport.

Difficile de dire si on perd vraiment au change, en tout cas on gagne en blast beats par rapport à Vera cruz, et la majeure partie du public ne semble pas s’en plaindre avec un premier groupuscule d’activistes du biceps qui manifeste virilement son approbation dans la fosse, pendant que d’autres plus sceptiques noient patiemment leur indifférence dans un verre d’alcool en attendant la suite des réjouissances.



Des réjouissances qu’on mettra sur le compte d’Acacia strain plutôt que sur celui d’un Down to nothing que depuis le lointain de la salle fumeur votre serviteur aura eu toutes les peines du monde à ne pas confondre avec la musique de fond diffusée entre deux gigs pour faire patienter l’auditoire.

Et pour cause, les enfants terribles de l’oncle Sam seront les premiers à passer aux choses sérieuses avec du deathcore de serial killer qui réveillera les instincts des plus musicalement meurtriers d’entre nous, auxquels quelques notes d’insanités suffiront pour avoir envie d’attenter à l’intégrité physique de leur proche voisin dans le bruit et la fureur.

« Nous sommes un groupe négatif », martèle, de fait,  l’imposant brailleur, qu’on a tout de même du mal à prendre au sérieux, malgré celui des airs qu’il se donne à s’auto flageller à coups d’épithètes dépréciatifs pour ensuite éructer sa vindicte à l’encontre de notre triste monde, en nous incitant avec ferveur à dresser  fièrement le majeur pour hurler à l’unisson l’éternelle antienne : « FUCK THE WORLD » !

Je veux que vous soyez « en colère, haineux, violent et négatif » déclare t’il plus tard en prenant l’auditoire à parti avec une malveillance débonnaire, prenant aussi un malin plaisir à arpenter la scène de gauche à droite dans une démarche presque comique d’ours mal léché, initiative qui n’est pas sans rappeler le côté parfois plantigrade de la scénographie d’un Messiah Marcolin.

C’est qu’il ferait presque peur l’animal, si ce n’était le constat évident que la noirceur de son humour ne fait que se mettre au diapason de celle de la musique, un humour omniprésent comme lorsque le chanteur mouline avec son majeur tout en répétant laconiquement et tel un mantra les mots « circle pit »,  comme si il s’agissait des paroles du morceau qu’il est en train de « chanter ».

 

Une obsession pour la violence circulaire traduisant bien le tour pris par une prestation dont les titres se suivent, très efficacement certes, mais se ressemblent quand même un peu (beaucoup) aussi, si bien qu’un léger soulagement se fait sentir à l’entame du dernier morceau, parce qu’il sonne le glas d’un set où on avait toujours l’impression d’entendre un peu le même son de cloche.



Après les fêlés de The acacia strain, c’est à ceux d’All shall perish de venir faire souffler un petit vent de folie dans la fosse, qui n’attendait visiblement que ça pour se déchaîner encore plus que lors du set précédent, et dès le premier morceau tout le monde se lâche sans se faire prier, à l’image d’un slammeur qui n’hésitera pas au plus fort de son ascension au dessus de la foule, à coller ses pieds au plafond pour marcher à l’envers durant son tumultueux trajet.

Contrepoint parfait à l’atmosphère bouillonnante qui règne durant l’interprétation des morceaux, les interludes ludiques assurés par le bassiste entre deux titres permettent de relâcher la pression et garantissent la certitude d’une interaction idéale, le porte parole s’exprimant avec la meilleure volonté du monde dans un français des plus respectables.

Un effort d’adaptation linguistique qui lui vaut donc toute l’attention d’un parterre de pogoteurs occupés autant à l’écouter qu’à reprendre des forces avant de pogoter de plus belle, et d’abord timide au début, l’homme fort du set gagnera par la suite en assurance, pour se risquer même à lâcher quelques vannes pas toujours du meilleur goût mais qu’on excusera bien volontiers au regard de sa diligence.


Aucune timidité sur le plan musical en revanche, pour lui comme pour ses collègues, tous rompus à la pratique de leur instrument respectif, et on assiste à un festival de compos implacables durant lesquelles la furie du son fait écho à celle de la fosse, où les fans trouvent néanmoins toujours le temps de hurler en chœur les paroles entre deux pogos, dans une ambiance survoltée qui ne se démentira pas jusqu’au dernier morceau.

A croire d’ailleurs que l’ambiance était tellement survoltée, que le staff technique d’Every time I die a cru bon de la plomber sans scrupule, avec un soundcheck se déroulant à la vitesse d’un gastéropode sous valium, si bien que tous ceux qui avaient jeté leurs forces dans le concert d’All shall perish ont eu largement le temps de les récupérer.


Un intermède interminable qu’on doit tout particulièrement à l’un des roadies, affecté aux réglages de la six-cordes, et qui se montrera pointilleux au possible, allant aux quatre coins de la scène pour évaluer au millimètre près dans l’espace sonore les répercussions de la guitare qui lui est confié, et s’assurer tous les deux riffs qu’elle sonnera au mieux.



De quoi se remettre tranquillement de nos émotions, avant que les agités d’Every time I die ne viennent nous secouer les tympans une fois leurs instruments respectifs prêts à l’emploi, et Dieu sait qu’ils sauront faire bon usage des instruments en question. Même si dans le feu de l’instrumentale action il faut bien reconnaître que l’effervescence bruitiste dont le combo est coutumier fait tellement monter la température sonore, que les réglages si méticuleux qu’on nous a infligé ont vite fait de saturer.

On ne risque pas de saturer d’ennui entre les morceaux par contre, enchevêtrement complexe de structures alambiquées au sein desquelles les musiciens nous baladent furieusement, écouter du Every time I die en live c’est un peu comme faire du hors-bord  acrobatique à la vitesse d’un dragster au milieu des requins et des récifs dans une mer déchainée.

A ce titre, n’oublions pas d’avoir une pensée émue pour notre camarade casse-cou du cliché qui claque, aka Anthony Dubois, alors que l’intrépide photographe joue virilement de l’objectif à brandir haut son appareil tel un phare pour essayer d’obtenir les meilleurs photos possibles, en immersion dans une marée humaine qui n’en finit pas de s’agiter aux rythmes du tsunami américain dévastant la salle.



Il ne faudra surtout pas compter sur Scott et les siens pour calmer le jeu en fin de soirée, s’en tenant aux règles qui ont toujours fait des concerts de Terror un franc succès, soit du bon son, de la sueur et du bon sentiment, les deux derniers collant au moins autant l’un que l’autre, le chanteur est d’ailleurs trempé dès la fin de l’introductif « Your enemies are mine », on espère pour lui qu’il a de la rechange.

Le tour de force du sieur Vogel étant toutefois de mouiller le maillot sans trop sentir la guimauve, et quand le bougre nous déclare avec un sourire de témoin de Jéhovah et les yeux plein d’étoiles –enfin surtout des gouttes de sueur plein la gueule- « you’re beautiful, you’re the real underground », pour un peu on en pleurerait presque.

A moins que ce ne soit à force de prendre des pains perdus que les plus douillets d’entre nous auront lâché quelques larmichettes, vu que les boulangers de service s’activent sévèrement dans la fournaise d’une fosse chauffée à blanc, et c’est dégustation de pralines à volonté pour quiconque prend part aux festivités.

L’ambiance reste cependant « virile mais correcte », comme dirait un certain philosophe de l’ovalie, et par moment on se croirait même dans un manège de fête foraine durant les circle pits les plus endiablés, farandoles de furieux à l’occasion desquelles les plus motivés n’hésitent pas à prendre appui sur des pilonnes plantés entre le sol et le plafond de la salle, pour s’en servir joyeusement et tournoyer autour comme des gamins en cour de récrée.

Quand le set touche à sa fin une heure et une dizaine de minutes plus tard, on est bien obligé de constater que si sur album Terror effraie surtout par son manque d’originalité, en live le groupe a toujours de quoi flanquer la frousse à la concurrence, en témoigne l’enchainement final « Spit my rage »/ « Keep your mouth shut », qui mettra tout le monde d’accord et surtout une bonne partie d’entre nous sur les rotules.

Évidemment, les plus sportifs du lot auront passé une bonne partie du gig sur scène, « cette scène qui est la vôtre », comme le clamera Scott avant l’hymnique « One with the underdogs », et finalement, plutôt que les titres de leur dernier opus en date « keepers of the faith » -qui s’intègrent somme toute bien au répertoire des classiques-, on préférera garder en mémoire le souvenir des moments partagés ce soir avec cet éminent membre de la grande famille du Hardcore, dont la générosité de corps n’a souvent d’égale que celle du cœur.
Cyrille Manzo